Mort d’Arafat DJ : les secours pointés du doigt

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Il est peut-être temps de crever l’abcès, dans le débat sur l’organisation des secours publics en Côte d’Ivoire, 48 heures après la mort tragique du  »Fils prodige » du coupé-décalé. Si la nature du choc qui a emporté la  »star » pouvait s’avérer fatal, les témoignages des personnes présentes sur place, donnent froid au dos, quant à l’efficacité du secours public.

Selon un témoin, se présentant comme un ancien membre des sapeurs-pompiers de France, en plus d’être arrivés sur les lieux au moins une heure après le drame, les sapeurs-pompiers se sont présentés sans  » stéthoscope, sans collier cervical, ni tensiomètre ». Des outils élémentaires impératifs pour des opérations du genre, dont les secouristes manquaient pour un cas aussi grave.Quand un drame de cette ampleur se produit dans une des banlieues les plus huppées de la principale ville du pays, et que la victime perd une quantité importante de sang sans que les secours ne soient à même d’intervenir dans les 20 ou 30 premières minutes cruciales, et qu’elles débarquent de surcroît, démunis de leur équipement, il y’a de quoi s’interroger.

Au premier trimestre 2019, le nombre de victimes d’accidents de circulation en Côte d’Ivoire s’établissait à 6262 pour 156 décès. Des chiffres qui se rapprochent de la moyenne annuelle, estimée à 10.000 victimes pour 900 décès. Classée par l’Organisation Mondiale de la Santé, OMS, comme l’un des pays africains où le taux de mortalité sur les routes a grimpé ces dernières années, la Côte d’Ivoire connaît un système de protection civile globalement défaillant, à l’instar de la plupart des états de la région, où l’on enregistre un taux de mortalité de 26.6 décès pour 100.000 habitants du fait des accidents de circulation. La situation est critique. Le système tarde à se moderniser, dans un contexte où la technologie rejoint vertigineusement la route, et où, les politiques d’assistance aux populations doivent également faire l’objet de réformes courageuses. Comme l’indique l’OMS, les législations en matière de limitation de la vitesse en Afrique restent encore timides. C’est d’ailleurs dans ces conditions que l’artiste a trouvé la mort, en se livrant à un rodéo en pleine agglomération, mettant non seulement sa vie en danger, mais aussi, celles des autres. Le dénuement des sapeurs-pompiers venus à sa rescousse et la lenteur avec laquelle ils sont intervenu, sont des facteurs d’autant plus révoltants, que la protection civile doit figurer au coeur des priorités gouvernementales, à travers la mise en place d’un système efficace de gestion des situations d’urgence.

Aujourd’hui, du nord au sud de la Côte d’Ivoire, de l’est à l’ouest, la disparition du  »Président de la Chine populaire » obnubile les conversations.L’Afrique aussi pleure l’un de ses plus illustres  »génies », un jeune homme parti dans la fleur de l’âge et dont les frasques vont manquer, malgré tout à la musique Africaine. Comme à Douk Saga en 2006, on redit 13 ans plus tard, adieu  »Président ».

Raoul MOBIO

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